Les toits du Cantal

samedi 6 octobre 2012

1. Les toits de chaume.

Jusqu’au 19ième siècle les grands axes routiers ne passaient pas au cœur des massifs et les gens vivaient souvent en autarcie dans les vallées isolées. Pratiquement partout était cultivé le seigle, les terres étant trop pauvres pour la culture de l’avoine. Le grain de seigle servait à faire du pain et la paille était utilisée, depuis la période des gaulois, pour couvrir les toits.

Les avantages de la chaume étaient multiples : gratuite, cultivée sur place, abondante, légère, facile et vite à poser et à réparer par les paysans mêmes, très isolante et constituant une réserve de foin pour le bétail en cas de famine. Vers le milieu du 19ième siècle la moitié des maisons du Cantal étaient encore couvertes de chaume.

La disparition des toits en chaume est dû en partie aux changements agricoles. Les cultures de céréales traditionnelles étaient abandonnées progressivement en faveur de l’élevage des hauts plateaux à partir de 1850 ce qui entraînait la rarification de la paille. En plus, le remplacement de la faucille par la batteuse mécanique qui cassait les tiges a sonné le glas des toits de chaume.

Mais la raison principale était le risque d’incendies qui pourraient détruire des villages complets en se propageant de toit en toit. (ex. le 2 octobre 1884, 57 maisons sur 72 partent en fumée à Montgreleix (15)). Les dégâts étaient tellement grands que les assurances refusaient d’assurer des maisons avec une toiture en chaume. Vers la fin du 19ième siècle les chaumières étaient interdits dans la plupart des communes en Auvergne par des arrêtés municipaux qui en proscrivirent l’usage sous la pression des compagnies d’assurance.

En plus, changer sa toiture était aussi une question de prestige. La chaume étant considérée comme la couverture du pauvre, dès que les habitants avaient les moyens de la changer en pierre, ils le faisaient sans hésiter. La paille a enfin cédé sa place à la lauze, l’ardoise, la tôle et la tuile, selon les époques et les endroits.
Les toits en chaume était très légères et les charpentes pas assez costaud pour tenir un toit en lauzes sans remplacement des poutres. Ceux qui ne voulaient pas changer la charpente utilisaient la tôle qui était aussi léger que la chaume. On reconnait encore ces bâtiments qui ont toujours l’escalier en pierre sur le côté qui permettait de faire facilement les réparations au toit de chaume.

2. Les différentes sortes de lauzes

Le mot lauze n’indique pas un matériau mais à une fonction.
La lauze est une pierre plate de schiste, calcaire, basalte ou gneiss et dans le Cantal également de phonolite, d’amphibolite ou d’ordanchyte, toutes des pierres qui se débitent en dalles plus ou moins épaisses. Elle est obtenu généralement par clivage et utilisée principalement pour les toitures et les dallages. La récupération se fait souvent au bas des éboulis ou dans des carrières occasionnelles, à ciel ouvertes, sans trop d’investissement.

Les toits de lauzes sont les symboles de l’architecture typique des villages de montagne. La plupart des habitations portaient une couverture soignée, chaque pierre étant taillée comme une pièce d’un puzzle pour s’adapter à ses voisines à côté, en dessous et au dessus. Les lauzes pour les toits étaient taillées en forme d’une « tête de bélier, avec 2 encoches en haut. Elles se recouvraient comme les écailles d’un poisson, la taille décroissant de l’égout jusqu’au faîtage. Les pierres de la première rangée en bas et sur les côtés avaient une forme plus rectangulaire.

La taille d’une lauze peut aller jusqu’à 80cm de large pour 2 à 4 cm d’épaisseur. Le poids est énorme : à partir de 100 kg allant jusqu’à plusieurs centaines de kg / m² pour un poids total moyenne de la toiture de 20 tonnes. Cela nécessite une forte charpente très solide et souvent on utilisait des troncs entiers en tant que poutres ou, dans les burons, des voûtes en pierre pour supporter ce poids.

La pose se faisait à la cheville en bois dur et résistant (châtaignier ou buis), qui traversait le volige, ou par un clou. Les bâtiments annexes (soulières, caves, fours, moulins etc) et les burons étaient souvent couverts de dalles grossières, posée à l’aide de glaise sur le hourdis d’une voute.

Les lauzes ont pour avantage d’offrir une grande résistance aux intempéries, aux incendies et une grande longévité, mais ne protègent pas du froid. En plus, la pose demande un grand savoir-faire pour obtenir une toiture étanche et son relief rustique ne lui permet pas d’habiller des toits aux formes variées.

A la fin du 19ième siècle, les toits en chaumes seront remplacés par une toiture moins soumis aux incendies. N’ayant pas de grands moyens de transport, les gens utilisaient le plus possibles les matériaux directement à leur disposition aux alentours, ce qui fait apparaître des toits de lauzes en pierres très différentes selon les endroits.

La phonolite a été utilisé dans de grandes parties du Cantal pour la fabrication de lauzes. C’est une roche magmatique volcanique qui a formé des dômes et des coulées courtes il y a 6 à 8 million d’années. Elle se caractérise par un son clair quand on frappe une dalle, ce qui à donné le nom à la roche : phonos (son) + lithos (pierre). La plupart des carrières de lauzes se trouvaient au nord du Cantal, vers Ménet, mais d’autres sommets sont également constitués de cette roche : le Puy Griou, le Griounou, le Roc d’hozières, la Roche Taillade, etc. Actuellement les carrières de phonolites sont toutes fermées, ce qui ne laisse pour des restaurations que la récupération de lauzes de toits abandonnés ou des lauzes en d’autres pierres.

A Dienne, une bonne partie des toits en lauzes sont en trachyandésite à Haüyne ou ordanchite, une roche magmatique volcanique assez rare. Une carrière de cette pierre a été exploité à Entremont pendant des dizaines d’années depuis la deuxième moitié du 19ième siècle mais est aujourd’hui fermée depuis longtemps.

L’amphibolite est une roche métamorphique qui s’est formé il y a 300 à 400 millions d’années à des températures et des pressions très hautes. L’alignement des minéraux en strates causé par cette pression, permettent le clivage en dalles, comme celles utilisées sur l’église de Menet. Les carrières se trouvent en dehors du volcan du Cantal, la roche s’étant formée longtemps avant le début de l’activité volcanique.

Le schiste est une roche feuilletée, sédimentaire ou métamorphique, qui se débite en plaques plus ou moins fines. Les lauzes de schiste utilisées dans le Cantal viennent du sud du Massif Central pour remplacer la phonolite qui n’est plus exploitée, comme sur la salle de fêtes à Dienne. La lauze est la fleur du schiste, là où il affleure. Le soleil, la pluie et les différences de températures la métamorphosent.

Aujourd’hui, les lauzières françaises sont quasiment toutes fermées et les lauzes remplacées par des matériaux plus légers et moins compliqués et couteux en pose.

3. Les ardoises.

L’ardoise est une roche métamorphique qui s’est formée dans de fortes conditions de pression et de température. Elle appartient à la famille des schistes dont elle se distingue par la qualité de son grain, très fin, et sa fissilité. Ainsi l’ardoise et la lauze peuvent être faits de la même roche, le schiste.

L’ardoise se trouve dans des veines les plus profondes et s’exploite en carrières souvent souterraines. L’extraction se fait en arrosant abondamment la pierre. Le fendage en fines dalles de 3 à 9 mm se fait très vite après la sortie de la carrière parce que dès que le bloc aurait séché, on n’en ferait plus qu’un moellon ! Son industrie est coûteuse vu qu’elle exige une main d’œuvre nombreuse et qualifiée. A cause de sa finesse et sa légèreté elle est bien adapté à des formes de toits différents.

L’ardoise est utilisé abondamment depuis le XIIe siècle pour couvrir des toits de la France et de l’Allemagne. La durée de vie d’une ardoise est de 70 ans à 300 ans. Pour les plus fiables, il faudra changer le support (volige ou charpente) avant l’ardoise.

La pose se fait par des clous à la tête très large (faits de fer qui peut être galvanisé, d’acier inoxydable ou de cuivre) ou des crochets sur une charpente plus légère que pour les lauzes. Le couvreur tient le clou qu’il plante entre l’index et le majeur, la paume tournée vers le ciel. Plusieurs façons de pose régulières sont possibles, celle des montagnes étant la plus rustique. Elle s’apparente davantage à la pose de la lauze, utilisant des ardoises dont les dimensions ne sont pas constantes et que le couvreur trie selon leur longueur pour les poser de l’égout au faîtage en ordre de taille décroissant.

La ligne ferrovières Bort-les-Orgues – Neussargues a ouvert en 1907, ouvrant le massif Cantalien vers la Corrèze où la tradition ardoisière remonte au XVI siècle. L’ardoise de Corrèze (Travassac et Allassac) bénéficie d’une réputation de qualité sans égale due à sa structure géologique. Elle se différencie notamment par son apparence relativement épaisse (pouvant aller jusqu’à 9 mm), sa légère irrégularité et sa couleur gris-bleutée.

A partir du début du XXième siècle, beaucoup de lauzes sont remplacées par des ardoises parce qu’ils sont plus légères et plus facile à manipuler, tailler et poser que les lauzes. Souvent on garde le bas du toit en lauzes, là où elles sont posées sur le mur et où leur poids ne gène pas la charpente. Le coût d’un changement de couverture ne freine pas les plus aisés et un toit en ardoises devient vite un signe de prospérité, accélérant les remplacements.